Vente-trottoir
Désespoir

Jean Ferrat, Au printemps de quoi rêvais-tu

Je n’ai jamais eu autant de plaisir à signer mes chèques de loyer.

Villemaire et Beausoleil contre la hausse

Villemaire et Beausoleil contre la hausse

Cholette contre la hausse

Cholette contre la hausse

Pour avoir accès à ma connexion 3G, je dois déposer mon iPhone sur le bord de la fenêtre et le relier par un câble USB à mon ordinateur.

Je suis à La Minerve, au bord du lac Désert.

Cet après-midi, j’ai célébré l’eucharistie.

Il y avait près de moi des Amish.

J’ai mangé du couscous, reluqué des belles grosses, chassé des mouches.

Mais non vous ne souffrirez pas
Ce ne sera qu’un seul instant
D’ailleurs nous serons près de vous
— Jean Tardieu, Une Voix sans personne
Un homme qui feint de vieillir — Jean Tardieu, Jours pétrifiés

Q. C’est-tu du poulet qui vient d’icitte, ça, quoi ?
R. Oui. Non, du Poulet Frit Kentucky.
Q. C’est où ça le Kentucky ?
R. S’a rue Sainte-Catherine, dans l’Est.
Q. L’as-tu déjà vu le Colonel ?
R. Non. J’espérais le voir, là-bas, mais… j’l’ai pas vu.
Q. Si t’avais un char, quelle sorte de char t’aimerais avoir ?
R. Une Trans Am.
Q. Faque si tu gagnais le million, là…
R. Je m’achèterais… un bicycle à lui, un Volkswagen à toé, un autre char à lui… un magasin de Poulet Frit Kentucky… un magasin de chinois… une maison… J’achèterais une maison à lui, j’achèterais une maison à toé.
Q. Avec le reste ?
R. Je le mettrais à banque.
Q. Pis tu travaillerais pas ?
R. Non. Pas avant que j’aye gaspillé mon million.
Q. Quoi ?
R. Pas avant que j’aye gaspillé mon million.
Q. Comment tu ferais pour le gaspiller ?
R. Je m’achèterais des bebelles.
Q. Des voyages, t’en ferais-tu ?
R. Oui.
Q. Quelles places t’irais ?
R. En Hawaii, en Italie, partout.
Q. Paul, tu regardes-tu souvent a TV ?
R. Des fois, le Twelve Midnight Movie.
Q. C’tu bon là ce qui passe ? C’est quoi la dernière…
R. Ben, ce soir c’est L’Homme invisible. Au douze à minuit.
Q. Comment i ont faite pour faire un film avec si i est invisible ?
R. Non, le gars i est normal, i est comme toé, mais i se met invisible. I est capable de… de se mettre invisible.
Q. Toi, si t’étais capable de te mettre invisible, qu’est-c’est tu ferais dans le boutte ?
R. J’me mettrais invisible tout le temps.
Q. Pourquoi ?
R. J’apparaîtrais. Je crisserais une claque s’a yeule à mes amis. ? je redisparaîtrais.
Q. Si t’avais à changer tout ce que tu voudrais changer dans le boutte, qu’est-c’est que tu ferais ? Changer tout ça, les affaires t’aimes pas.
R. J’mettrais les… les écoles à terre.
Q. Ouais, pis après ?
R. Des maisons vieilles…
Q. Qu’est-c’est tu ferais avec les maisons vieilles ?
R. J’es détruirais, j’faiserais des parcs avec.
Q. Des parcs ? Avec les parcs, qu’est-ce tu ferais ?
R. Je sais pas, les enfants iraient jouer dedans.
Q. J’pense à ça là, les Expos là, t’es-tu allé voir ça, déjà ?
R. Au Forum ?
Q. T’es-t-allé voir les Expos l’autre fois, t’avais dit…
R. Ouais.
Q. Qui qui t’avait emmené là ?
R. Ma mère. On a eu un… des billets par les chiens.
Q. Les chiens ?
R. Les policiers. I ont donné des… on avait été les… les visiter avec l’école, pis i ont donné des billets à l’école.
Q. Les chiens ? Sont smattes. Mais… qui c’est que t’as vu là-bas à l’Expo ? T’as-tu vu des gars que tu connaissais pas mal, des joueurs, là ? Qui c’est qui avait ?
R. Bob Bailey, Ken Singleton.
Q. Comment ce que c’est ?
R. C’est dull.
Q. C’est dull ? Comment ça ?
R. Tu vois rien, maudit ! Les billets que les polices nous ont donnés tu vois rien. Tu vois mais, t’es vois les joueurs loin, loin, loin, loin, loin. T’es-t-au boutte de la chose, où ce qu’y a les bancs de fer.
Q. Ouin. T’es-tu déjà allé au Forum ?
R. Oui.
Q. Voir le hockey…
R. Non, la lutte.
Q. La lutte ?
R. La fois quand Tarzan Tyler s’est faite couper les cheveux.
Q. Quel genre de job t’aimerais faire ?
R. Chauffeur de camion. Chauffeur de camion, comme mon père.

POSSÉDÉ


T’aimer ? Oh ! cela va bien plus loin !
Quand la vermine fera un froid souper
de mon corps mort, elle y trouvera
un arrière-goût de toi. Et n’est-ce
pas toi indécemment qui t’es
éprise de moi jusqu’au dégoût ?
Écœurée de toi-même, à présent
tu t’excites, et même alors que tu poursuis
un autre corps, tu ne me laisses pas en paix.
Et n’est-ce pas moi encore cette main
avec laquelle tu lutines quelqu’un d’autres ?


— Gabriel Ferrater, Les Femmes et les Jours (traduction de William Cliff)

L’éphémère avec la chute
passe dans la chambre et sur
nos « éternelles » figures
revenues de tout retend
son drap de tracas géant.

J’appartiens, dit la chair, à la compagnie des os. — Robin Le Massart, Ponts d’abîme
Bleu blond rouge

Bleu blond rouge

SI JE PEUX


Une certaine chose est entrée
dans un poème que je sais
pouvoir écrire, mais quand ?
je l’ignore, et comment, ni
quelle chose voudra être dite.
Si je peux je ferai que cela
s’en aille vers toi et dise
tes cheveux ou cet éclat de soleil
qui brille sur ton ongle.
Mais peut-être n’aurai-je
pas toujours absolument présent
ce que maintenant je vois en toi.
J’ai entendu le bruit sombre
d’une chose en moi qui tombe
comme dans je ne sais quel puits.
Mais si jamais cela flotte,
devrais-je savoir reconnaître que
cela me vient de ce moment ?


— Gabriel Ferrater, Les Femmes et les Jours (traduction de William Cliff)

Regarde-moi ça, mon vieux, quelle hypocrisie,
à faire dresser les cheveux sur la tête :
tout ce que j’ai subi la nuit,
tout ce qui m’a torturée,
toutes les ténèbres menaçant
de m’emmener encore,
ces terreurs qui me bandaient les yeux
pour m’empêcher de voir où nous allions,
cet Homme aux deux poings serrés,
tout cela maintenant se déguise
en fillette aurore
avec son petit seau
et sa boîte de peintures.
— Kiki Dimoula, « Oblivion Beach » (extrait), Mon dernier corps (traduction de Michel Volkovitch)